{"id":6273,"date":"2018-12-14T16:13:10","date_gmt":"2018-12-14T15:13:10","guid":{"rendered":"http:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/?page_id=6273"},"modified":"2026-08-10T14:28:20","modified_gmt":"2026-08-10T12:28:20","slug":"chapitre-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/chapitre-2\/","title":{"rendered":"Chapitre 2"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color: #0000ff;\"><b><a name=\"sub1\"><\/a>\u00ab&nbsp;<i>Cella<\/i>&nbsp;\u00bb<\/b><\/span><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">L\u2019objet de \u00ab D\u00e9couvertes en Cytologie et en Biologie cellulaire \u00bb est de retracer l\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement de la Biologie cellulaire \u00e0 travers la d\u00e9couverte des principaux organites subcellulaires et de leurs fonctions dans l\u2019\u00e9conomie de la cellule. Pour cette branche de la biologie, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la Th\u00e9orie cellulaire au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle repr\u00e9sente une avanc\u00e9e conceptuelle majeure qui est \u00e0 la base de nos connaissances actuelles sur l\u2019organisation, le fonctionnement et la reproduction des \u00eatres vivants. On peut l\u2019\u00e9noncer ainsi : (i) la cellule est la forme \u00e9l\u00e9mentaire pr\u00e9sente chez tous les \u00eatres vivants ; (ii) tous les \u00eatres vivants sont compos\u00e9s d\u2019une ou de plusieurs cellules ; (iii) toute cellule est issue de la division d\u2019une cellule pr\u00e9existante ; (iv) l\u2019activit\u00e9 d\u2019un organisme est la somme de l\u2019activit\u00e9 m\u00e9tabolique des cellules individuelles ; (v) la cellule est l\u2019unit\u00e9 fondamentale de la structure et de la fonction chez les organismes vivants. On a dit de la Th\u00e9orie cellulaire qu\u2019elle est \u00ab unificatrice \u00bb : les informations obtenues en \u00e9tudiant les cellules de parenchyme d\u2019orchid\u00e9e peuvent aider \u00e0 comprendre l\u2019organisation et le fonctionnement des cellules de souris, d\u2019une amibe ou d\u2019un streptocoque. Pour le cytologiste Edmund Beecher Wilson, la Th\u00e9orie cellulaire est, avec la Th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution, l\u2019une des deux grandes g\u00e9n\u00e9ralisations en biologie. Dans ce chapitre, je donne un aper\u00e7u de la d\u00e9marche scientifique qui, \u00e0 partir d\u2019observations d\u2019anatomie microscopique compar\u00e9e, a conduit \u00e0 son \u00e9nonc\u00e9. <\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : Wilson E.B. <i>The Cell in Development and Inheritance<\/i> (1896)<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">Ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence : Maienschein J <i>Companion to the History of Modern Science, Cell Theory and Development<\/i>, ed. R.C. Olby et al., Routledge (1990)<br \/>\nHarris, H <i>The Birth of the Cell<\/i>, Yale University Press (1999)<\/p>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color: #00ccff;\"><b style=\"line-height: 1.5;\"><a name=\"sub2\"><\/a>\u00ab <i>Micrographia<\/i> \u00bb : naissance de la cellule au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/b><\/span><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Divers ouvrages et publications du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle renferment des illustrations montrant la pr\u00e9sence au sein des tissus d\u2019unit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires dont certaines n\u2019\u00e9taient peut-\u00eatre que des artefacts d\u00fbs aux d\u00e9fauts de l\u2019optique des microscopes. Les tissus observ\u00e9s \u00e9taient surtout v\u00e9g\u00e9taux ; la paroi cellulosique rigide des cellules v\u00e9g\u00e9tales est visible au microscope optique. C\u2019est ainsi que la cytologie et l\u2019histologie furent \u00e0 l\u2019origine des sciences de botanistes.<\/p><\/p>\n\n\n\n&nbsp;\n<table class=\" aligncenter\" style=\"width: 431px;\" border=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-553\" alt=\"Coupe d\u2019\u00e9corce de ch\u00eane\" src=\"https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-1.png\" width=\"411\" height=\"269\" srcset=\"https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-1.png 411w, https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-1-150x98.png 150w, https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-1-300x196.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 411px) 100vw, 411px\" \/><\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: justify; line-height: 1;\"><b>Coupe d\u2019\u00e9corce de ch\u00eane.&nbsp;<\/b>A la place de cellules v\u00e9g\u00e9tales juxtapos\u00e9es, dont ne subsiste que la paroi cellulosique, on voit au microscope optique des cavit\u00e9s vides. Les cellules v\u00e9g\u00e9tales poss\u00e8dent, comme les cellules animales, une membrane p\u00e9ricellulaire phospholipidique, la membrane plasmique. Les cellules v\u00e9g\u00e9tales, les bact\u00e9ries, les algues et les champignons poss\u00e8dent en plus une paroi externe rigide, compos\u00e9e essentiellement de cellulose, de pectines et d\u2019alginate.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n&nbsp;\n\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">L\u2019inventeur du terme \u00ab cellule \u00bb (du latin <i>cella<\/i> \u00ab petite chambre, alv\u00e9ole \u00bb) est Robert Hooke. Il re\u00e7ut son \u00e9ducation \u00e0 la <i>Westminster School<\/i> puis \u00e0 <i>Oxford University<\/i>. Il devint l\u2019assistant du physico-chimiste Robert Boyle, auteur de la premi\u00e8re loi sur les gaz. Brillant scientifique, le \u00ab L\u00e9onard d\u2019Angleterre \u00bb, comme l\u2019appelait l\u2019historien des sciences Allan Chapman, eut de multiples centres d\u2019int\u00e9r\u00eat dont la micro-anatomie des tissus v\u00e9g\u00e9taux. Il utilisa d\u2019abord un microscope simple (loupe) puis l\u2019un des premiers \u00ab microscopes compos\u00e9s \u00bb (grossissement 50X) construit en 1660 par l\u2019opticien londonien Christopher Cook. Il observa dans des coupes d\u2019\u00e9corce des alignements de petites chambres carr\u00e9es ou hexagonales juxtapos\u00e9es, les \u00ab <i>minute bodies<\/i> \u00bb, s\u00e9par\u00e9es les unes des autres par des parois (la paroi cellulosique des cellules v\u00e9g\u00e9tales est surtout visible dans les tissus \u00ab durs \u00bb). Il \u00e9tendit ses observations aux tissus \u00ab mous \u00bb de foug\u00e8re, fenouil, carotte, sureau\u2026 dans lesquels il nota la pr\u00e9sence de vaisseaux remplis de fluide (s\u00e8ve). En 1665, il publia un ouvrage de vulgarisation amplement illustr\u00e9, avec la fameuse repr\u00e9sentation de coupes d\u2019\u00e9corce d\u2019\u00e9piderme d\u2019orchid\u00e9es. Hooke fut l\u2019un des fondateurs de la <i>Royal Society<\/i> dont il devint le <i>Curator of experiments<\/i>, responsable des exp\u00e9riences lors des r\u00e9unions, et, plus tard, <i>Fellow<\/i> et Secr\u00e9taire (1677-1683). Il publia en 1664 son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage \u00ab <i>Micrographia<\/i> \u00bb dans lequel il d\u00e9crit ses observations microscopiques de min\u00e9raux, d\u2019insectes et de coupes de v\u00e9g\u00e9taux (dont celles de li\u00e8ge).<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : Hooke R <i>Micrographia, or some physiological descriptions of minute bodies made by magnifying glasses with observations and inquiries thereupon<\/i> (1665)<\/p>\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">En 1670, cinq ans apr\u00e8s la parution de <i>Micrographia<\/i>, parvinrent presque simultan\u00e9ment \u00e0 la <i>Royal Society<\/i> les m\u00e9moires de Nehemia Grew, en 1672, et de Marcello Malpighi, en 1675 et 1679. La notori\u00e9t\u00e9 de Marcello Malpighi est largement fond\u00e9e sur ses recherches en anatomie et histologie des tissus animaux ; il est consid\u00e9r\u00e9 comme le fondateur de l\u2019anatomie et de l\u2019histologie microscopiques. Les recherches de Malpighi attir\u00e8rent l\u2019attention des membres de la <i>Royal Society<\/i>, qui prirent en charge la publication de ses r\u00e9sultats et l\u2019associ\u00e8rent en qualit\u00e9 de membre \u00e9tranger. Malpighi \u00e9tait m\u00e9decin, anatomiste et professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bologne, l\u2019une des plus anciennes universit\u00e9s d\u2019Europe, fond\u00e9e en 1119. En ce qui concerne l\u2019anatomie microscopique des tissus v\u00e9g\u00e9taux, il d\u00e9crivit, en 1675, la pr\u00e9sence d\u2019utricules (<i>utriculi<\/i>, petites bouteilles) et de saccules (<i>sacculae<\/i>, petits sacs) juxtapos\u00e9s dans la tige du pourpier (<i>portulaca<\/i>). Il d\u00e9crit le tissu v\u00e9g\u00e9tal comme un assemblage de petites cavit\u00e9s juxtapos\u00e9es qui sont en r\u00e9alit\u00e9 les parois rigides de cellules v\u00e9g\u00e9tales ; il tente d\u2019\u00e9tablir des analogies entre l\u2019architecture microscopique organis\u00e9e des tissus v\u00e9g\u00e9taux, et ce qu&#8217;il a observ\u00e9 chez l&#8217;animal au cours de ses observations d\u2019alv\u00e9oles pulmonaires ou de vaisseaux sanguins. Il \u00e9mit la suggestion pr\u00e9monitoire qu\u2019il existe une analogie de structure entre tissus osseux et ligneux.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : Malpighi M <i>Anatome Plantarum<\/i> (1675-1679)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Nehemia Grew fit ses \u00e9tudes \u00e0 Cambridge (<i>Pembroke College<\/i>) puis \u00e0 l\u2019<i>Universiteit Leiden<\/i>, la plus ancienne universit\u00e9 des Pays-Bas, fond\u00e9e en 1575, o\u00f9 il passa sa th\u00e8se de m\u00e9decine. Il commen\u00e7a une pratique \u00e0 Londres o\u00f9 il devint un m\u00e9decin renomm\u00e9. Sa passion pour la botanique put s\u2019exprimer en 1664, ann\u00e9e o\u00f9 il commen\u00e7a son \u00e9tude de l\u2019anatomie microscopique des tissus v\u00e9g\u00e9taux. D\u00e8s ses premi\u00e8res observations il eut l\u2019intuition que les fleurs jouent un r\u00f4le dans la reproduction ; il identifia leurs organes sexuels : calice, \u00e9tamines, pistil. Plus tard, \u00e0 la suite d\u2019entretiens avec Sir Thomas Millington (<i>Sedleian Professor of Natural Philosophy<\/i>), Grew tira la conclusion que le pollen et les \u00e9tamines constituent les organes reproducteurs m\u00e2les, et le pistil l\u2019organe reproducteur femelle. En 1672, il entreprit l\u2019\u00e9tude de l\u2019anatomie des tissus et des graines du haricot commun En 1673, il publia un ouvrage rassemblant ses observations sur les racines des plantes ;  il contenait sept planches avec 65 repr\u00e9sentations graphiques de racines \u00e0 divers degr\u00e9s de grossissement. Il d\u00e9crivit les \u00ab radicelles \u00bb et deux types de structures : des vaisseaux creux et continus et un tissu spongieux non sp\u00e9cialis\u00e9 auquel il donna le nom de \u00ab parenchyme \u00bb. <\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Ses travaux valurent \u00e0 Grew d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 <i>Fellow<\/i> de la <i>Royal Society<\/i> (fond\u00e9e en 1660) puis Secr\u00e9taire en 1667. En 1682, il pr\u00e9senta \u00e0 la <i>Society<\/i> un ouvrage de botanique en quatre volumes, illustr\u00e9 de 80 planches grav\u00e9es d\u00e9taillant l\u2019anatomie microscopique des tissus v\u00e9g\u00e9taux. Il y d\u00e9crivait le parenchyme comme une structure essentiellement form\u00e9e de <i>bubbles<\/i> (bulles) et de <i>bladers<\/i> (vessies) juxtapos\u00e9es.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Grew N <i>The Anatomy of Vegetable Begun<\/i> (1672)<br \/>\nGrew N <i>Idea of a Phytological History<\/i> (1673)<br \/>\nGrew N <i>The Anatomy of Plants<\/i> (1682)<\/p>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color: #00ccff;\"><b style=\"line-height: 1.5;\"><a name=\"sub3\"><\/a>Les cellules ont un noyau<\/b><\/span><\/h4>\n\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Anthonie van Leeuwenhoek fut peut-\u00eatre le premier \u00e0 observer le noyau cellulaire, au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Dans une lettre envoy\u00e9e en 1702 \u00e0 la <i>Royal Society<\/i> de Londres, il mentionna la pr\u00e9sence d\u2019un point lumineux au centre des globules rouges de poissons : \u00ab \u2026<i>a clear sort of light in the middle<\/i> \u00bb. Je rappelle que chez les Vert\u00e9br\u00e9s, \u00e0 l\u2019exception des Mammif\u00e8res, les globules rouges sont des cellules nucl\u00e9\u00e9es. Vingt ans plus t\u00f4t, il avait d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 la pr\u00e9sence de globules dans les cellules sanguines de morue et de saumon, mais, comme le fait remarquer Henry Harris : <i>Leeuwenhoek saw globules everywhere<\/i>. Pendant des ann\u00e9es (de 1791 \u00e0 1798), le botaniste Franz A. Bauer fit une abondante collecte d\u2019observations sur les plantes qui poussent en Europe. Il publia une s\u00e9rie de planches reproduisant avec une grande fid\u00e9lit\u00e9 les donn\u00e9es recueillies. La valeur esth\u00e9tique de ces repr\u00e9sentations leur valurent un grand succ\u00e8s aupr\u00e8s des botanistes. Sur une planche datant de 1802, il montre des cellules de l\u2019orchid\u00e9e <i>Bletia Tankervilliae<\/i> avec un ou plusieurs noyaux. Avant sa d\u00e9couverte par Robert Brown, le noyau &#8211; une structure ronde au sein des cellules v\u00e9g\u00e9tales \u2013 avait \u00e9t\u00e9 \u00ab vu \u00bb par plusieurs microscopistes.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Harris H <i>The Birth of the Cell<\/i>, Yale University Press (1999)<br \/>\nBauer FA <i>Illustrations of Orchidaceous Plants. With Notes and Prefatory Remarks by John Lindley<\/i> (1838)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Brown commen\u00e7a en 1795 une carri\u00e8re de chirurgien dans l\u2019arm\u00e9e. Son int\u00e9r\u00eat pour la botanique s\u2019\u00e9veilla alors qu\u2019il r\u00e9sidait en garnison en Irlande. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui du Pr\u00e9sident de la Royal Society, il participa, de 1801 \u00e0 1805, \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition du <i>H.M.S. Investigator<\/i> sur les c\u00f4tes de l\u2019Australie. Il en ramena des milliers d\u2019esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales, ce qui lui valut d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 gardien puis conservateur des collections botaniques du <i>British Museum<\/i>. Il publia un ouvrage dans lequel il d\u00e9crivit les esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales rapport\u00e9es d\u2019Australie. Muni d\u2019un excellent microscope fabriqu\u00e9 \u00e0 Londres par <i>Banks &#038; Sons<\/i> et <i>Dollon<\/i>, Brown \u00e9tudiait le m\u00e9canisme de la f\u00e9condation chez les orchid\u00e9es et des <i>Asclepiadaceae<\/i>. En observant leurs tissus, il nota la pr\u00e9sence d\u2019une structure circulaire, une tache l\u00e9g\u00e8rement opaque, dans toutes les cellules de l&#8217;\u00e9piderme des feuilles et des p\u00e9tales d&#8217;orchid\u00e9es. Brown eut le g\u00e9nie de comprendre qu&#8217;il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;un artefact mais d&#8217;un organite inconnu. Il donna \u00e0 cette \u00ab ar\u00e9ole circulaire \u00bb,, unique au sein de la cellule le nom de nucleus (p\u00e9pin en latin). En 1831, il exposa le r\u00e9sultat de ses observations \u00e0 la <i>Linnean Society<\/i>, dont il devint membre puis pr\u00e9sident de 1849 \u00e0 1853.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Brown R <i>Prodromus Florae Novae Hollandiae<\/i> (1810)<br \/>\nBrown R <i>Observations on the Organs and Mode of Fecondation in Orchideae and Asclepiadaceae<\/i> (1833)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">A la diff\u00e9rence du noyau de la cellule v\u00e9g\u00e9tale, le noyau des cellules animales ne fit pas l\u2019objet d\u2019une d\u00e9couverte, \u00e0 proprement parler. Son existence s&#8217;est impos\u00e9e progressivement, en partie par d\u00e9duction logique. En 1825, Jan Evangelista Purkinje d\u00e9couvrit la <i>vesicula germinativa<\/i> de l&#8217;ovocyte de poule, qui n\u2019est autre que le noyau du gam\u00e8te femelle. En 1835, Rudolf F.J.H. Wagner, professeur de Zoologie et d\u2019Anatomie compar\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Erlangen, mena une s\u00e9rie d\u2019observations microscopiques de la v\u00e9sicule germinative de l&#8217;\u0153uf de plusieurs esp\u00e8ces animales. Il nota la pr\u00e9sence constante, au centre de la v\u00e9sicule germinative, d&#8217;une petite tache sombre, distincte au centre qu&#8217;il nomma <i>macula germinativa<\/i>. Il s&#8217;agit de la premi\u00e8re description du nucl\u00e9ole. Lorsque, en 1838, Theodor Schwann compara les r\u00e9sultats de ses travaux avec ceux de Matthias Schleiden, il en vint \u00e0 la conclusion logique que les cellules animales, comme les cellules v\u00e9g\u00e9tales poss\u00e8dent toutes un noyau. <\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : Wagner RFJH <i>Lehrbuch der vergleichenden Anatomie<\/i> (1834-35)<\/p>\n&nbsp;<\/p>\n\n<h3><span style=\"color: #00ccff;\"><b>Un oubli\u00e9 de l\u2019histoire des sciences : Ren\u00e9 Joachim Henri Dutrochet<\/b><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: right;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">\u00ab&nbsp;Tout tissu vivant est une collection de cellules.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">Dutrochet, 1824<\/i><\/p>\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Ren\u00e9 Joachim Henri du Trochet \u00e9tait le descendant d\u2019une famille d\u2019ancienne noblesse chass\u00e9e de France et ruin\u00e9e par la R\u00e9volution. Il regagna son pays apr\u00e8s la chute de Robespierre et changea son nom en Dutrochet. A 26 ans, il mena brillamment \u00e0 terme des \u00e9tudes de m\u00e9decine. Il participa \u00e0 la guerre d\u2019Espagne comme m\u00e9decin des arm\u00e9es napol\u00e9oniennes avant de se retirer dans la propri\u00e9t\u00e9 de campagne de sa m\u00e8re o\u00f9 il entama, \u00e0 30 ans, une carri\u00e8re de chercheur autodidacte dans un appentis de jardin transform\u00e9 en laboratoire, et avec un jeune paysan illettr\u00e9 comme assistant. Il adopta l\u2019approche mat\u00e9rialistique pr\u00e9conis\u00e9e par Lazzaro Spallanzani, professeur d\u2019histoire naturelle \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Pavie, adepte inconditionnel de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale en sciences naturelles. C\u2019est dans cet esprit que Dutrochet aborda l\u2019\u00e9tude de la structure des tissus ; il rempla\u00e7a la dissociation par mac\u00e9ration dans l\u2019eau, en vogue chez les naturalistes, par un traitement \u00e9nergique \u00e0 l\u2019acide nitrique \u00e0 chaud. Il observa au microscope la formation d\u2019agr\u00e9gats de petites v\u00e9sicules \u00ab celluleuses \u00bb ou \u00ab tubuleuses \u00bb. Allant \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019id\u00e9e, courante \u00e0 l\u2019\u00e9poque, selon laquelle plantes et animaux ont des structures totalement diff\u00e9rentes, Dutrochet, \u00e0 la suite de l\u2019examen microscopique de nombreux tissus, \u00e9non\u00e7a l\u2019id\u00e9e que tous les \u00eatres vivants sont form\u00e9s de cellules. Proclamer que la cellule est l&#8217;unit\u00e9 de base des tissus v\u00e9g\u00e9taux et animaux, c\u2019\u00e9tait formuler un dogme de la th\u00e9orie cellulaire plus d&#8217;une d\u00e9cennie avant Schleiden et Schwann, Dutrochet soutint que la cellule est une entit\u00e9 vivante autonome, entour\u00e9e d\u2019une membrane, qui s&#8217;associe \u00e0 d&#8217;autres cellules pour former l&#8217;organisme. C&#8217;est au sein de la cellule que se d\u00e9roulent les processus physiologiques essentiels : \u00ab <i>la cellule est le point de d\u00e9part de toute organisation<\/i> \u00bb. Dutrochet a jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental dans l&#8217;\u00e9laboration de la th\u00e9orie cellulaire.<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">En cherchant \u00e0 comprendre comment se font les \u00e9changes des cellules avec le milieu ext\u00e9rieur, Dutrochet a d\u00e9montr\u00e9 que les liquides traversent les membranes cellulaires du milieu le moins concentr\u00e9 vers le milieu le plus concentr\u00e9. La d\u00e9couverte du ph\u00e9nom\u00e8ne d&#8217;osmose &#8211; endosmose et exosmose &#8211; qui \u00e9tablit sa renomm\u00e9e en Europe &#8211; est une explication de la physiologie cellulaire par des lois physico-chimiques sans recours \u00e0 un fluide vital. L\u2019eau et les nutriments p\u00e9n\u00e8trent dans la cellule en traversant la membrane cellulaire et les d\u00e9chets en sortent en la traversant en sens inverse.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Dutrochet RJH Recherches anatomiques et physiologiques sur la structure intime des animaux et des v\u00e9g\u00e9taux (1824)<br \/>\nDutrochet RJH M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire anatomique et physiologique des v\u00e9g\u00e9taux et des animaux (1837)<\/p>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color: #00ccff;\"><b style=\"line-height: 1.5;\"><a name=\"sub5\"><\/a>Le contenu des cellules<\/b><\/span><\/h4>\n\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le terme protoplasme d\u00e9signait la mati\u00e8re vivante \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la cellule, l&#8217;ensemble des composants vivants entour\u00e9s par la membrane plasmique. A l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ce terme a \u00e9t\u00e9 popularis\u00e9 par Jan Evangelista Purkinje, les microscopes ne permettaient pas d\u2019observer en d\u00e9tail l\u2019int\u00e9rieur des cellules ; on l\u2019imaginait comme une gel\u00e9e homog\u00e8ne. En ce qui concerne sa composition,  \u00e0 la lumi\u00e8re de nos connaissances actuelles, on peut d\u00e9finir le protoplasme comme un m\u00e9lange de substances organiques &#8211; prot\u00e9ines, lipides, glucides -, de sels min\u00e9raux et d\u2019eau. Il se divise en cytoplasme, entre la membrane cellulaire et le noyau, avec le cytosol et les organites subcellulaires, et en nucl\u00e9oplasme : le contenu fluide \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du noyau de la cellule. L\u2019usage du terme \u00ab protoplasme \u00bb est aujourd\u2019hui tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude ; on le remplace par : cytoplasme, cytosol et organites subcellulaires.<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">F\u00e9lix Dujardin, professeur de zoologie et de botanique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rennes observait au microscope optique des formes vivantes primitives, des protozoaires unicellulaires : Cili\u00e9s, Rhizopodes et Foraminif\u00e8res. Il remarque que lorsqu\u2019il \u00e9crase d\u00e9licatement la coquille de ces \u00eatres unicellulaires, il s&#8217;en \u00e9chappe une substance translucide, visqueuse et insoluble dans l&#8217;eau, une \u00ab gel\u00e9e vivante \u00bb. Il   obtient un r\u00e9sultat similaire en pla\u00e7ant les Rhizopodes en milieu hypotonique (eau) ; il d\u00e9crit une substance \u00ab glutineuse, diaphane, insoluble dans l\u2019eau, s\u2019attachant aux aiguilles de dissection, se contractant en masses globuleuses \u00bb. Convaincu d&#8217;avoir d\u00e9couvert la substance fondamentale, la mati\u00e8re brute qui permet aux animaux inf\u00e9rieurs de se mouvoir, se nourrir et de vivre. Dujardin d\u00e9cide de lui donne le nom de sarcode (<i>sarx<\/i> signifie \u00ab chair \u00bb en grec).<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : Dujardin F Observations sur les Rhizopodes (1835)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Jan Evangelista Purkinje occupait la chaire de physiologie et de pathologie de l\u2019Universit\u00e9 de Breslau ; en 1839, il fonda le premier Institut de Physiologie en Allemagne. Autour de lui se group\u00e8rent un certain nombre de collaborateurs et d\u2019\u00e9l\u00e8ves ; le rayonnement de l\u2019\u00c9cole de Breslau fit de l\u2019ombre \u00e0 l\u2019\u00c9cole de Berlin de Johannes Peter M\u00fcller. \u00c9quip\u00e9 d\u2019un microscope \u00e0 objectif achromatique fabriqu\u00e9 par l\u2019opticien autrichien Simon P\u00f6ssl, Purkinje \u00e9tait un expert reconnu en anatomie microscopique. En 1836, il baptisa \u00ab parenchyme \u00bb le contenu des cellules des nerfs. En observant de tr\u00e8s jeunes embryons de vert\u00e9br\u00e9s, ainsi que divers tissus animaux, Purkinje et Gabriel G. Valentin not\u00e8rent que le parenchyme est une substance granuleuse, fluide ou g\u00e9latineuse, parsem\u00e9e de corpuscules, de granules, de fibrilles. En 1839, il donna une conf\u00e9rence devant les membres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 savante (Soci\u00e9t\u00e9 sil\u00e9sienne pour la culture patriotique) au cours de laquelle il d\u00e9crivit cette substance formatrice primitive des jeunes embryons animaux, \u00e0 laquelle il donna le nom de \u00ab protoplasme \u00bb (du grec <i>protos<\/i>, premier) ; il consid\u00e9rait que cette structure g\u00e9latineuse \u00e9tait la substance vivante fondamentale \u00e0 l\u2019origine de la diff\u00e9renciation des tissus embryonnaires animaux. Il fit le rapprochement avec le fluide vital d\u00e9crit par plusieurs auteurs dans les cellules v\u00e9g\u00e9tales.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : Purkinje JE, Valentin G <i>De phenomeno generali et fundamentali motus vibratorii continui\u2026 obvii. Commentatio physiologica<\/i> (1836)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Hugo von Mohl confirmera, en 1846, la pertinence de ce rapprochement entre les deux r\u00e8gnes. Apr\u00e8s de brillantes \u00e9tudes de M\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de T\u00fcbingen, o\u00f9 il fut nomm\u00e9 professeur de botanique dans cette m\u00eame universit\u00e9 en 1832. Mohl \u00e9tait un sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9tude microscopique de l\u2019anatomie et de l\u2019histologie des v\u00e9g\u00e9taux. En 1846, au cours de l\u2019\u00e9tude du \u00ab sac primitif \u00bb (<i>utriculus primordialis<\/i>) des dicotyl\u00e9dones : sureau (<i>Sambucus ebulus<\/i>), figuier (<i>Ficus carica<\/i>), pin (<i>Pinus sylvestris<\/i>). Observant les mouvements contractiles qui l\u2019agitent, il pense \u00eatre en pr\u00e9sence du milieu organique primitif au sein duquel se forme le noyau et les futures cellules. En 1846, l\u2019<i>utriculus primordialis<\/i> fut assimil\u00e9e au protoplasme. En 1850, Ferdinand Julius Cohn, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Breslau, proposa que le terme \u00ab protoplasme \u00bb d\u00e9signe la substance fondamentale des cellules animales et v\u00e9g\u00e9tales.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : Von Mohl H <i>Vermischte Schriften botanischen Inhalts<\/i> (1845)<\/p>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color: #00ccff;\"><b style=\"line-height: 1.5;\"><a name=\"sub6\"><\/a>Le protoplasme : unit\u00e9 de base du vivant ?<\/b><\/span><\/h4>\n\n\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: justify;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">\u00ab&nbsp;A very distinguished organic chemist\u2026 said to me in the late eighties, The chemistry of the living ? That is the chemistry of protoplasm\u2026&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">Sir Frederick Gowland Hopkins<\/i><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: justify;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">\u00ab&nbsp;Il y a une substance vivante, le protoplasma, qui donne naissance \u00e0 la cellule et qui lui est ant\u00e9rieure&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">Claude Bernard<\/i><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: justify;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">\u00ab&nbsp;En ce temps-l\u00e0 Dieu expliquait tout. Depuis, quelques-uns ont remplac\u00e9 Dieu par le protoplasme\u2026&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><i style=\"line-height: 1.5;\">Anatole France<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Max J.S. Schultze, professeur d\u2019Anatomie et de Zoologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bonn, \u00e9tait un expert en anatomie microscopique ; \u00e0 l\u2019issue de ses observations, il a conclu que le sarcode des cellules animales et le protoplasme des cellules v\u00e9g\u00e9tales d\u00e9signent la m\u00eame entit\u00e9 ; c\u2019\u00e9tait une confirmation de ce que Ferdinand J. Cohn (<i>Universit\u00e4t Breslau<\/i>), \u00e9quip\u00e9 d\u2019un microscope construit par Simon Pl\u00f6ssl, avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 dix ans plus t\u00f4t, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1850. <b>La Th\u00e9orie protoplasmique du vivant<\/b> r\u00e9sulte de la convergence des travaux effectu\u00e9s entre 1835 et 1870 par F\u00e9lix Dujardin (le sarcode des foraminif\u00e8res), Jan Evangelista Purkyn\u011b (le protoplasme des embryons et des cellules animales) et Hugo von Mohl (le protoplasme des cellules v\u00e9g\u00e9tales). En 1861, en r\u00e9alisant une synth\u00e8se des r\u00e9sultats, Schultze signa l&#8217;acte de naissance de la th\u00e9orie protoplasmique unifi\u00e9e : la cellule est \u00ab une petite masse de protoplasme pourvue d&#8217;un noyau \u00bb. La th\u00e9orie protoplasmique repose sur trois principes : (i) le si\u00e8ge de la vie est une substance universelle, chimiquement et physiquement similaire chez les animaux et les v\u00e9g\u00e9taux ; (ii) la membrane cellulaire est une enveloppe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle le protoplasme, la \u00ab mati\u00e8re premi\u00e8re \u00bb semi-fluide, visqueuse, anim\u00e9e de courants protoplasmiques permanents, est la base physique des manifestations vitales : mouvement, nutrition, reproduction ; (iii) l\u2019affirmation que la vie est une propri\u00e9t\u00e9 physico-chimique inh\u00e9rente \u00e0 une \u00ab mati\u00e8re premi\u00e8re \u00bb \u00e9quivaut \u00e0 un rejet du Vitalisme en faveur du mat\u00e9rialisme scientifique. De la fin du XIX<sup>e<\/sup> jusqu\u2019au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la Th\u00e9orie protoplasmique du vivant fit l\u2019objet de multiples sp\u00e9culations ; c\u2019\u00e9tait une mise en cause de la th\u00e9orie cellulaire de Matthias Schleiden. En r\u00e9duisant l\u2019\u00eatre humain \u00e0 une sorte de mat\u00e9rialit\u00e9. la th\u00e9orie heurtait la position officielle de l\u2019<i>establishment<\/i> religieux et universitaire.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Schultze MJS <i>\u00dcber Muskelk\u00f6rperchen, und das was man eine Zelle zu nennen habe<\/i> (1861)<br \/>\nSchultze MJS <i>Das Protoplasma der Rhizopoden und der Pflanzenzellen; ein Beitr\u00e4g zur Theorie der Zelle<\/i> (1863)<br \/>\nCohn FJ <i>Untersuchungen \u00fcber die Entwicklungsgeschichte der Mikroskopischen Algen und Pilze<\/i> (1854)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">La conception que l\u2019on se faisait de la cellule \u2013 un noyau par cellule \u2013 fut \u00e9branl\u00e9e par le fait qu\u2019il existe des entit\u00e9s plurinucl\u00e9\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une seule membrane limitante ; c\u2019est le cas des myxomyc\u00e8tes au stade plasmodial ; le plasmode, entour\u00e9 d\u2019une mince membrane, se d\u00e9place pour phagocyter bact\u00e9ries, levures, champignons microscopiques ; c\u2019est encore le cas des c\u00e9nocytes des protozoaires flagell\u00e9s, des organes des rotif\u00e8res, des cellules h\u00e9patiques des mammif\u00e8res, des poly caryocytes de la moelle osseuse, des fibres musculaires stri\u00e9es, des zoospores c\u0153nocytiques des algues. L\u2019existence de structures au sein desquelles les noyaux peuvent se diviser un grand nombre de fois en l\u2019absence de division cellulaire fut per\u00e7ue par certains comme une remise en cause de la th\u00e9orie cellulaire. Dans l\u2019ouvrage qu\u2019il fit para\u00eetre en 1880, et qui eut une large audience, Johannes L.E.R. von Hanstein pr\u00e9sentait le protoplasme comme le \u00ab porteur (<i>tr\u00e4ger<\/i>) de la vie \u00bb chez les v\u00e9g\u00e9taux et les animaux. Heinrich Anton de Bary, professeur de Botanique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg, allait dans le m\u00eame sens ; l\u2019existence d\u2019une masse de protoplasme plurinucl\u00e9\u00e9 au stade plasmodial du cycle vital des formes vivantes primitives (myc\u00e8tes, algues, Trach\u00e9ophytes) est une preuve de la pr\u00e9\u00e9minence du protoplasme sur les autres structures cellulaires ; il renferme les structures essentielles \u00e0 l\u2019expression de la vie. <\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Von Hanstein JLER <i>Das Protoplasma als Tr\u00e4ger der pflanzlichen und thierischen Lebensverrichtungen<\/i> (1880) <br \/>\nDe Bary HA <i>Vergleichende Morphologie und Biologie der Pilze, Mycetozoen und Bakterien<\/i> (1884) <\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Parmi les plus fervents adeptes de la Th\u00e9orie protoplasmique figure Ernst W. von Br\u00fccke, professeur de physiologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Vienne et membre du groupe des m\u00e9decins berlinois mat\u00e9rialistes et anti-vitalistes qui plaidait pour une approche physico-chimique en physiologie. Le biologiste Thomas H. Huxley, chirurgien de la <i>Royal Navy<\/i>, d\u00e9fenseur de Darwin, popularisa la th\u00e9orie aupr\u00e8s du grand public anglophone lors de la conf\u00e9rence qu\u2019il donna \u00e0 Edimbourg en 1868, o\u00f9 il qualifiait le protoplasme de <i>The Physical Basis of Life<\/i>. La conf\u00e9rence eut un grand retentissement et fit l\u2019objet d\u2019une publication ; elle faisait suite \u00e0 la d\u00e9couverte dans un s\u00e9diment marin d\u2019une substance albumineuse que Huxley nomma <i>Bathybius haeckelii<\/i>. Il crut \u00eatre en pr\u00e9sence du protoplasme originel dont toute vie est issue, la substance primordiale th\u00e9oris\u00e9e par le philosophe Ernst Haeckel sous le nom d\u2019<i>Urschleim<\/i>. Le <i>Bathybius<\/i> serait le cha\u00eenon entre la mati\u00e8re inorganique et la mati\u00e8re organique vivante ; il prendrait naissance dans les profondeurs de l\u2019oc\u00e9an o\u00f9 il formerait un tapis continu de protoplasme vivant. Les conclusions de Huxley furent remises en cause par Charles W. Thomson, sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9tude de la vie dans les profondeurs marines ; en 1869, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 des \u00e9chantillons de <i>Bathybius<\/i> il conclut qu\u2019ils sont analogues au myc\u00e9lium. George C. Wallich, sp\u00e9cialiste de biologie marine, consid\u00e9rait le <i>Bathybius<\/i> comme un produit de d\u00e9sint\u00e9gration chimique. <\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : von Br\u00fccke EW <i>Die elementar organismen<\/i> (1861)<br \/>\nHuxley TH <i>On the Physical Basis of Life<\/i> (1869)<br \/>\nVerworn M <i>Die Bewegung der lebendigen Substanz<\/i> (1892)<br \/>\nVerworn M <i>Die physiologische Bedeutung des Zellkerns<\/i> (1892)<br \/>\nThomson CW <i>The Depths of the Sea<\/i> (1873)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Comment d\u00e9finir le protoplasme ? A la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il y a autant de d\u00e9finitions que d\u2019auteurs l\u2019ayant \u00e9tudi\u00e9 : il contient de l\u2019azote (des prot\u00e9ines) ; sa consistance s\u2019apparente \u00e0 celle d\u2019une gel\u00e9e : \u00ab glutineuse, diaphane, insoluble dans l\u2019eau \u00bb, selon Dujardin ; il est instable et dot\u00e9 de mouvements contractiles ; il est impliqu\u00e9 dans la locomotion cellulaire, le processus vital par excellence ; il est organis\u00e9 : on y voit des granules, des fibrilles, un r\u00e9seau r\u00e9ticulaire. Il renferme des structures interm\u00e9diaires (organites) assurant les r\u00e9actions vitales et peut \u00eatre m\u00eame la transmission des caract\u00e8res h\u00e9r\u00e9ditaires. <\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">La conception que l\u2019on se faisait de la cellule \u2013 une cellule, un noyau &#8211; fut \u00e9branl\u00e9e par le fait qu\u2019il existe des entit\u00e9s plurinucl\u00e9\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une seule membrane limitante ; c\u2019est le cas des myxomyc\u00e8tes au stade plasmodial ; le plasmode, entour\u00e9 d\u2019une mince membrane, se d\u00e9place pour phagocyter bact\u00e9ries, levures, champignons microscopiques\u2026 c\u2019est encore le cas des c\u00e9nocytes des protozoaires flagell\u00e9s, des organes des rotif\u00e8res, des cellules h\u00e9patiques des mammif\u00e8res, des poly caryocytes de la moelle osseuse, des fibres musculaires stri\u00e9es, des zoospores c\u0153nocytiques des algues. L\u2019existence de structures au sein desquelles les noyaux peuvent se diviser un grand nombre de fois en l\u2019absence de division cellulaire fut per\u00e7ue par certains comme une remise en cause de la th\u00e9orie cellulaire. Dans l\u2019ouvrage qu\u2019il fit para\u00eetre en 1880, et qui eut une large audience, Johannes L.E.R. von Hanstein pr\u00e9sentait le protoplasme comme le \u00ab porteur (<i>tr\u00e4ger<\/i>) de la vie \u00bb chez les v\u00e9g\u00e9taux et les animaux. Heinrich Anton de Bary, professeur de Botanique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg, alla dans le m\u00eame sens ; l\u2019existence d\u2019une masse de protoplasme plurinucl\u00e9\u00e9 au stade plasmodial du cycle vital des formes vivantes primitives (myc\u00e8tes, algues, Trach\u00e9ophytes) est une preuve de la pr\u00e9\u00e9minence du protoplasme sur les autres structures cellulaires ; il renferme les structures essentielles \u00e0 l\u2019expression de la vie. <\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Von Hanstein JLER <i>Das Protoplasma als Tr\u00e4ger der pflanzlichen und thierischen Lebensverrichtungen<\/i> (1880) <br \/>\nDe Bary HA <i>Vergleichende Morphologie und Biologie der Pilze, Mycetozoen und Bakterien<\/i> (1884) <\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Parmi les plus fervents adeptes de la Th\u00e9orie protoplasmique figure Ernst W. von Br\u00fccke, professeur de physiologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Vienne et membre du groupe des m\u00e9decins berlinois mat\u00e9rialistes et anti-vitalistes, qui plaidaient pour une approche physico-chimique en physiologie. Pour Thomas H. Huxley, chirurgien de la <i>Royal Navy<\/i>, sp\u00e9cialiste d\u2019anatomie et de physiologie compar\u00e9es, le protoplasme est la base physique de la vie, comme le proclame le titre de la conf\u00e9rence qu\u2019il donna \u00e0 Edimbourg en 1868 : \u00ab <i>On the Physical Basis of Life<\/i> \u00bb ; elle eut un grand retentissement et fit l\u2019objet d\u2019une publication ; elle faisait suite \u00e0 la d\u00e9couverte dans un s\u00e9diment marin d\u2019une substance albumineuse que Huxley nomma <i>Bathybius haeckelii<\/i>. Il crut \u00eatre en pr\u00e9sence du protoplasme originel dont toute vie est issue, la substance primordiale th\u00e9oris\u00e9e par le philosophe Ernst Haeckel sous le nom d\u2019<i>Urschleim<\/i>. Le <i>Bathybius<\/i> serait un cha\u00eenon entre la mati\u00e8re inorganique et la mati\u00e8re organique vivante ; il prendrait naissance dans les profondeurs de l\u2019oc\u00e9an o\u00f9 il formerait un tapis continu de protoplasme vivant. Ce fut une occasion pour Huxley d\u2019aborder le th\u00e8me de la fronti\u00e8re entre vivant et non-vivant et de poser la question de savoir si au-del\u00e0 du protoplasme, unit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire du vivant, il existe un \u00e9chelon de petitesse suppl\u00e9mentaire. La th\u00e9orie selon laquelle le protoplasme est le support physique de tous les \u00eatres vivants avait ses adversaires ; elle allait \u00e0 l\u2019encontre de la position officielle de l&#8217;<i>establishment<\/i> religieux et universitaire ; c\u2019est r\u00e9duire l\u2019\u00eatre humain \u00e0 une sorte de mat\u00e9rialit\u00e9, au m\u00eame rang que les animaux. Les conclusions d\u2019Huxley furent remises en cause par Charles W. Thomson, sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9tude de la vie dans les profondeurs marines ; en 1869, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 des \u00e9chantillons de <i>Bathybius<\/i> il conclut qu\u2019ils sont analogues au myc\u00e9lium. George C. Wallich, sp\u00e9cialiste de biologie marine, consid\u00e9rait le <i>Bathybius<\/i> comme un produit de d\u00e9sint\u00e9gration chimique. Au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019\u00e9tude biochimique et enzymatique des organites subcellulaires isol\u00e9s sonna le glas de la th\u00e9orie protoplasmique du vivant.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : von Br\u00fccke EW <i>Die elementar organismen<\/i> (1861) <br \/>\nHuxley TH <i>On the Physical Basis of Life<\/i> (1869)<br \/>\nVerworn M <i>Die Bewegung der lebendigen Substanz<\/i> (1892) <br \/>\nVerworn M <i>Die physiologische Bedeutung des Zellkerns<\/i> (1892) <br \/>\nThomson CW <i>The Depths of the Sea<\/i> (1873)<\/p>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color: #00ccff;\"><b style=\"line-height: 1.5;\"><a name=\"sub7\"><\/a>Th\u00e9orie cellulaire<\/b><\/span><\/h4>\n\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\"><b>Mathias Jakob Schleiden<\/b> choisit la carri\u00e8re de juriste mais son m\u00e9tier d\u2019avocat lui valut tant de d\u00e9boires qu\u2019il tenta de mettre fin \u00e0 ses jours. Il eut le bon go\u00fbt de rater son suicide et, reprenant go\u00fbt \u00e0 la vie, se passionna pour la botanique. Il entreprit une carri\u00e8re de professeur itin\u00e9rant de botanique &#8211; I\u00e9na, Tartu, en Estonie, Dresde, Wiesbaden, Francfort-sur-le-Main, Dorpat, en Russie. En 1838 et 1861, il r\u00e9digea des ouvrages de botanique qui connurent une certaine notori\u00e9t\u00e9. Alors que la plupart des botanistes basaient la classification des esp\u00e8ces sur la comparaison de leurs caract\u00e8res organoleptiques, Schleiden opta pour l\u2019examen microscopique des organes et des tissus \u00e0 l\u2019aide d\u2019un instrument fabriqu\u00e9 par un jeune m\u00e9canicien et opticien de talent nomm\u00e9 Carl Zeiss.<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Il existe un consensus quasi g\u00e9n\u00e9ral pour consid\u00e9rer que Schleiden fut le premier \u00e0 \u00e9noncer la th\u00e9orie cellulaire apr\u00e8s avoir observ\u00e9 que les tissus v\u00e9g\u00e9taux sont form\u00e9s d\u2019agr\u00e9gats de cellules. Sa publication de 1838, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 traduite en fran\u00e7ais et en anglais, eut un grand retentissement dans le monde savant, sauf en France. Dans son ouvrage sur la &#8220;phytogen\u00e8se&#8221;, il propose une th\u00e9orie sur le mode de d\u00e9veloppement des cellules. Je crois utile de rappeler les doctrines encore en vogue dans les ann\u00e9es 1830 pour expliquer l\u2019origine du vivant. A une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on ne faisait pas de distinction entre mati\u00e8re organique et mati\u00e8re min\u00e9rale, existait la croyance aristot\u00e9licienne que la mati\u00e8re inanim\u00e9e est dot\u00e9e de \u00ab propri\u00e9t\u00e9s particuli\u00e8res \u00bb propices \u00e0 l\u2019apparition de la mati\u00e8re anim\u00e9e : des asticots apparaissent sur de la viande laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019air libre ; des vers apparaissent spontan\u00e9ment sur de la farine. La mati\u00e8re inanim\u00e9e est dot\u00e9e de \u00ab chaleur vitale \u00bb \u2013 la \u00ab <i>pneuma<\/i> \u00bb d\u2019Aristote. La croyance en cette <b>doctrine de la G\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e<\/b> sera plus tard soutenue par les exp\u00e9riences du r\u00e9v\u00e9rend John T. Needham qui vit appara\u00eetre des animalcules au sein de bouillons de viande pr\u00e9alablement chauff\u00e9s et conserv\u00e9s dans des bocaux ferm\u00e9s. Aucune note discordante n\u2019\u00e9branla la foi des partisans de cette doctrine : ni les r\u00e9sultats des exp\u00e9riences r\u00e9alis\u00e9es en 1668 par Francesco Redi, m\u00e9decin \u00e0 la cour des M\u00e9dicis, montrant que les asticots apparaissant sur la viande trouvent leur origine dans les \u0153ufs d\u00e9pos\u00e9s par les mouches ; ni la d\u00e9monstration, en 1765, par l\u2019abb\u00e9 Lazzaro Spallanzani que les bouillons de viande, insuffisamment chauff\u00e9s, \u00e9taient contamin\u00e9s par les microorganismes de l\u2019air ambiant. Ce n\u2019est qu\u2019en 1864 que la doctrine de la g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e sera d\u00e9finitivement r\u00e9fut\u00e9e par les exp\u00e9riences de Louis Pasteur.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Schleiden MJ <i>Beitrage zur Phytogenesis<\/i> (1838)<br \/>\nSchleiden MJ <i>Archiv f\u00fcr Anatomie, Physiologie und wissenschaftliche Medicin 5, Heft 2<\/i> (1838)<br \/>\nSchleiden MJ <i>Grundz\u00fcge der Wissenschaftlichen Botanik<\/i> (1861)<br \/>\nNeedham JT <i>New microscopical discoveries<\/i> (1745)<br \/>\nNeedham JT <i>Discoveries made with the microscope<\/i> (1747)<br \/>\nRedi F <i>Esperienze intorno alla generazione degl insetti<\/i> (1668)<br \/>\nSpallanzani L <i>Saggio di osservazioni microscopiche concernenti il sistema della generazione de signori di Needham e Buffon<\/i> (1765)<\/p>                                                                                                                                                                                                     \n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Pour les adeptes du <b>Vitalisme<\/b>, les ph\u00e9nom\u00e8nes du vivant ne sont pas r\u00e9ductibles aux lois de la physique, de la chimie ou de la m\u00e9canique ; les fonctions organiques sont sous la d\u00e9pendance d\u2019un \u00ab principe vital \u00bb, organisateur et cr\u00e9ateur, qui n\u2019est ni l\u2019\u00e2me ni le corps. Dans les ann\u00e9es 1830, puis en 1855, l\u2019Acad\u00e9mie imp\u00e9riale de m\u00e9decine servit d\u2019ar\u00e8ne \u00e0 l\u2019affrontement entre partisans et adversaires de cette \u00ab m\u00e9taphysique de la vie \u00bb, comme la qualifiera plus tard le philosophe Henri Bergson. Malgr\u00e9 sa condamnation par le Pape, en 1860, la doctrine du Vitalisme continua \u00e0 \u00eatre enseign\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9cole de m\u00e9decine de Montpellier, l\u2019une des plus r\u00e9put\u00e9es de France. La <b>doctrine de la Pr\u00e9formation<\/b>, \u00e9nonc\u00e9e par Aristote au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C., avait toujours ses partisans au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, parmi lesquels le math\u00e9maticien et philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz et le naturaliste Lazzaro Spallanzani. Elle est expos\u00e9e dans l\u2019Encyclop\u00e9die de Diderot et d\u2019Alembert, \u00e9dit\u00e9e de 1751 \u00e0 1772. L\u2019embryon se d\u00e9veloppe \u00e0 partir de structures pr\u00e9existantes dans les cellules sexuelles. Pour expliquer la m\u00e9tamorphose de la chenille en papillon, Jan Swammerdam, pionnier de l\u2019examen microscopique des \u00eatres vivants, d\u00e9crivait la pr\u00e9sence d\u2019un papillon pr\u00e9form\u00e9 dans la chenille. Le graveur de planches anatomiques Jacques Fabien Gautier d\u2019Agoty a repr\u00e9sent\u00e9 un \u00ab homuncule \u00bb dans un spermatozo\u00efde. La th\u00e9orie de la Pr\u00e9formation \u00e9tait vue avec bienveillance par la hi\u00e9rarchie religieuse dans la mesure o\u00f9 elle ne contredit pas la vision de l\u2019homme et des animaux tels que Dieu les a cr\u00e9\u00e9s.<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">La <b><i>Naturphilosophie<\/i><\/b>, comme son nom l\u2019indique, est une philosophie, ou plut\u00f4t une m\u00e9taphysique teint\u00e9e de biologie et de physique. Elle apparut en Allemagne en 1802 avec la publication d\u2019un article de Lorenz Oken, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Zurich. Influenc\u00e9 par les id\u00e9es de Johann Gottlieb Fichte, professeur de philosophie \u00e0 I\u00e9na, Oken avait l\u2019ambition de b\u00e2tir une science universelle rendant compte de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes mat\u00e9riels et spirituels. Certains ont per\u00e7u cette entreprise comme une r\u00e9action au \u00ab m\u00e9canisme \u00bb \u00e0 la mode en ce d\u00e9but de XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle o\u00f9 triomphait la physique d\u2019Isaac Newton. Oken ne croyait pas que les \u00ab infusoires \u00bb ou \u00ab animalcules \u00bb qui constituent les tissus animaux et v\u00e9g\u00e9taux soient issus d\u2019\u0153ufs. Il ne croyait pas non plus \u00e0 la doctrine de la g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e. Les \u00eatres vivants sont des agr\u00e9gats d\u2019un tr\u00e8s grand nombre \u00ab d\u2019infusoires \u00bb qui conservent leur individualit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la mort ; ils se d\u00e9s-assemblent puis se r\u00e9-assemblent en un nouvel \u00eatre vivant par \u00ab interp\u00e9n\u00e9tration, entrelacement et unification de tous les animalcules \u00bb. Toutes ces affirmations sont des r\u00eaveries de philosophe car Oken ne toucha jamais \u00e0 un microscope et ne fit pas d\u2019exp\u00e9riences, ce qui n\u2019emp\u00eacha pas ses ouvrages de conna\u00eetre un grand succ\u00e8s. Parmi les adeptes de la <i>Naturphilosophie<\/i> figure, par exemple, une personnalit\u00e9 aussi \u00e9minente que Johannes Peter M\u00fcller, titulaire de la chaire d\u2019Anatomie et de Physiologie \u00e0 la <i>Friedrich-Wilhelms Universit\u00e4t<\/i> de Berlin, et mentor des meilleurs physiologistes de l\u2019\u00e9poque : Henle, Ludwig, Schwann, du Bois-Reymond, Helmholtz.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Fichte JG <i>Grundlage der gesamten Wissenschaftslehre<\/i> (1794-95)<br \/>\nOken L <i>Grundriss der Naturphilosophie, der Theorie der Sinne, mit der darauf gegr\u00fcndeten Classification der Thiere<\/i> (1802)<br \/>\nOken L <i>Die Zeugung<\/i> (1805)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">A la diff\u00e9rence de son ma\u00eetre Johannes P. M\u00fcller, Schleiden ne croyait ni au Vitalisme ni \u00e0 la doctrine de la Pr\u00e9formation. Il avait \u00e9labor\u00e9 une th\u00e9orie sur la formation des nouvelles cellules v\u00e9g\u00e9tales : au sein d\u2019un liquide primordial, le \u00ab cytoblast\u00e8me \u00bb, une masse organique, g\u00e9latineuse, non structur\u00e9e, compos\u00e9e d\u2019amidon et de mucus, s\u2019op\u00e8re un processus de cristallisation ; des \u00e9l\u00e9ments granulaires donnent naissance \u00e0 des nucl\u00e9oles. Autour d\u2019un nucl\u00e9ole, se forme le \u00ab cytoblaste \u00bb (noyau), qui est progressivement entour\u00e9 de protoplasme et d\u2019une membrane p\u00e9ricellulaire. La nouvelle cellule se forme spontan\u00e9ment, par assemblage s\u00e9quentiel d\u2019\u00e9l\u00e9ments \u00e0 partir d\u2019un cytoblast\u00e8me, provenant d\u2019une cellule pr\u00e9existante.<\/p>\n \n\n&nbsp;\n<table class=\" aligncenter\" style=\"width: 468px;\" border=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-563\" alt=\"Th\u00e9orie du cytoblast\u00e8me\" src=\"https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-2.png\" width=\"448\" height=\"213\" srcset=\"https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-2.png 448w, https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-2-150x71.png 150w, https:\/\/perso.uclouvain.be\/alain.amar-costesec\/wp-content\/uploads\/chap2-2-300x142.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 448px) 100vw, 448px\" \/><\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: justify; line-height: 1;\"><b>Doctrine du cytoblast\u00e8me.&nbsp;<\/b>Le nucl\u00e9ole et le noyau s\u2019assemblent de mani\u00e8re s\u00e9quentielle au sein d\u2019une substance fondamentale. Les cellules apparaissent autour de noyaux libres au sein d\u2019un liquide organique.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n&nbsp;\n\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Theodor Schwann fut influenc\u00e9 par l\u2019\u00e9tude publi\u00e9e en 1835 par Johannes M\u00fcller, montrant que les cellules (animales) de la notochorde des <i>Myxinidae<\/i> \u2013 des animaux aquatiques anguilliformes \u2013 sont comme les cellules v\u00e9g\u00e9tales, entour\u00e9es d\u2019une membrane continue (chez les embryons de <i>Myxinidae<\/i>, la colonne vert\u00e9brale est remplac\u00e9e par une structure cartilagineuse appel\u00e9e notochorde). Il connaissait la th\u00e9orie de Schleiden, dont il \u00e9tait proche (il avait \u00e9t\u00e9 son assistant), sur le r\u00f4le primordial du cytoblaste dans la gen\u00e8se des cellules v\u00e9g\u00e9tales. En examinant au microscope ses coupes de tissus animaux, en particulier celles de la chorde dorsale des embryons de <i>Rana esculenta<\/i>, Schwann r\u00e9alisa qu\u2019ils sont, comme les tissus v\u00e9g\u00e9taux, form\u00e9s de cellules avec un noyau de structure similaire \u00e0 celui des cellules v\u00e9g\u00e9tales. Il adh\u00e9ra \u00e0 la doctrine de Schleiden selon laquelle, au sein du cytoblast\u00e8me, le noyau est \u00e0 l\u2019origine de la formation de nouvelles cellules, avec, cependant, une nuance : pour Schleiden la structure granulaire originelle est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la cellule-m\u00e8re alors que pour Schwann elle est localis\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Il existe donc une diff\u00e9rence dans le mode de g\u00e9n\u00e9ration des cellules v\u00e9g\u00e9tales et animales. En \u00e9tudiant la reproduction des plantes phan\u00e9rogames, Schleiden constate que les cellules du sac embryonnaire (un organe de reproduction aussi appel\u00e9 gam\u00e9tophyte) poss\u00e8dent un large degr\u00e9 d\u2019autonomie fonctionnelle ; il en conclut que le cytoblast\u00e8me est le site des \u00e9changes chimiques au sein des tissus vivants ; il leur donne le nom de m\u00e9tabolisme. En 1838, Schwann pr\u00e9sente devant l\u2019Acad\u00e9mie des sciences de Paris une premi\u00e8re version de sa th\u00e9orie. Son article de 1839 est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019acte de naissance officiel de la <b>Th\u00e9orie cellulaire<\/b> : la cellule est l\u2019unit\u00e9 structurale de base des tissus animaux et v\u00e9g\u00e9taux ; elle est constitu\u00e9e d\u2019un protoplasme nucl\u00e9\u00e9 et d\u2019une membrane. Le protoplasme est le si\u00e8ge des processus m\u00e9taboliques physico-chimiques ; la cellule peut se transformer, ce qui explique la diversit\u00e9 des \u00eatres vivants.<\/p>\n  \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : M\u00fcller JP <i>Vergleichende Anatomie der Myxinoiden<\/i> (1834-1843)<br \/>\nSchwann T Investigations microscopiques sur la similitude de structure et de croissance des animaux et des plantes (1838)<br \/>\nSchwann T <i>Mikroskopische Untersuchungen \u00fcber die \u00dcbereinstimmung in der Struktur und dem Wachsthum der Thiere und Pflanzen<\/i> (1839)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">La division cellulaire aurait \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e au microscope dans les ann\u00e9es 1830 par Charles F.A. Morren chez le protiste <i>Crucigenia quadrata<\/i>, par Christian Gottfried Ehrenberg (l\u2019inventeur du mot \u00ab bact\u00e9rie \u00bb), chez les infusoires ; par Barth\u00e9l\u00e9my Charles Dumortier, chez l\u2019algue d\u2019eau douce Conferva glomerata (1832). Ces observations ne faisant pas partie d\u2019un projet sur le mode de g\u00e9n\u00e9ration des cellules, elles ne furent pas prises en compte par la communaut\u00e9 scientifique, si bien que l\u2019on peut consid\u00e9rer que Schwann a \u00e9difi\u00e9 sa Th\u00e9orie cellulaire en partant de z\u00e9ro. Je rappelle qu\u2019\u00e0 son \u00e9poque, le mot \u00ab cellule \u00bb, invent\u00e9 par Robert Hooke, puis disparu du vocabulaire pour ne r\u00e9appara\u00eetre que dans la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ne d\u00e9signait que la cellule v\u00e9g\u00e9tale. En 1845, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre appliqu\u00e9e aux plantes et aux animaux, la Th\u00e9orie cellulaire s\u2019appliqua aux protozoaires.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Morren CFA M\u00e9moire sur un v\u00e9g\u00e9tal microscopique d&#8217;un nouveau genre, propos\u00e9 sous le nom de Crucig\u00e9nie, et sur un instrument que l&#8217;auteur nomme Microsoter, ou conservateur des petites choses (1830)<br \/>\nEhrenberg CG Recherches sur l\u2019organisation des animaux infusoires (1839)<br \/>\nDumortier BC Recherches sur la structure compar\u00e9e et le d\u00e9veloppement des animaux et des v\u00e9g\u00e9taux (1832)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">L\u2019embryologiste Robert Remak (H\u00f4pital de la Charit\u00e9, Berlin) fit judicieusement remarquer que la doctrine de Schleiden et Schwann sur la g\u00e9n\u00e9ration des cellules n\u2019\u00e9tait qu\u2019une version am\u00e9lior\u00e9e de la doctrine de la G\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e. A la suite des minutieuses descriptions de Dumortier, les algues filamenteuses \u00e9taient devenues le mat\u00e9riel exp\u00e9rimental de choix pour \u00e9tudier la division cellulaire. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1837, Hugo von Mohl publia un article dans <i>Allgemeine botanische Zeitung<\/i> sur la division des cellules chez Conferva glomerata, dans lequel il oublia de citer Dumortier. Karl W. von N\u00e4geli, un \u00e9l\u00e8ve de Lorenz Oken, puis de Matthias Schleiden, prit part au d\u00e9bat sur la g\u00e9n\u00e9ration des nouvelles cellules en proposant qu\u2019elle se fasse selon deux modes : (i) par division d\u2019une cellule pr\u00e9existante, comme l\u2019affirmait Remak ; (ii) par bourgeonnement spontan\u00e9 dans le milieu (doctrine du cytoblast\u00e8me) ; von N\u00e4geli aurait observ\u00e9 dans le noyau et le protoplasme la pr\u00e9sence de \u00ab micelles \u00bb qui pourraient \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la g\u00e9n\u00e9ration de nouvelles cellules. L\u2019approche exp\u00e9rimentale suivie par Robert Remak est l\u2019examen microscopique des tissus animaux, le plus souvent des embryons de poulet (il avait mis au point une technique de coloration de la membrane p\u00e9ricellulaire). Il ne vit pas de noyaux nus au sein d\u2019un cytoblast\u00e8me ni au cours de la multiplication des globules rouges (1841) ni au cours de la formation de nouvelles cellules dans les fibres musculaires (1845). En 1852, il conclut de ses r\u00e9sultats qu\u2019il n\u2019y a pas de formation extracellulaire de cellules et que toutes les cellules animales proviennent de cellules pr\u00e9existantes par fission binaire en deux cellules filles. C\u2019est leur seule forme de multiplication. Remak d\u00e9crivit les grandes \u00e9tapes de la division cellulaire dans son ouvrage sur le d\u00e9veloppement des animaux vert\u00e9br\u00e9s ; il montra que la division du noyau pr\u00e9c\u00e8de la division de la cellule (la caryocin\u00e8se pr\u00e9c\u00e8de la cytocin\u00e8se). Les deux nouveaux noyaux se s\u00e9parent ; chacune des deux cellules-filles est dot\u00e9e d\u2019un noyau. Chez l\u2019embryon, la division des cellules aboutit \u00e0 la formation des couches germinales qui se diff\u00e9rencient en tissus et organes.<\/p>\n\n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Von Mohl H <i>Flora oder allgemeine botanische Zeitung<\/i> (1837)<br \/>\nRemak R <i>Ueber extracellular Entstehung thierischer Zellen und \u00fcber Vermehrung derselben durch Theilung<\/i> (1852)<br \/>\nRemak R <i>Untersuchungen \u00fcber die Entwickelung der Wilbertiere<\/i> (1855)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Rudolf L.K. Virchow, m\u00e9decin \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9, \u00e0 Berlin, se rallia d\u2019abord \u00e0 la doctrine de Schleiden et Schwann sur la g\u00e9n\u00e9ration des nouvelles cellules au sein du cytoblast\u00e8me. Ayant pris connaissance des r\u00e9sultats de Robert Remak, assistant b\u00e9n\u00e9vole du clinicien Johann Sch\u00f6nlein, \u00e0 la Charit\u00e9, Virchow changea d\u2019opinion et publia dans la revue qu\u2019il avait fond\u00e9e en 1855 &#8211; <i>Archiv f\u00fcr pathologische Anatomie und Physiologie und f\u00fcr klinische Medizin<\/i> &#8211; un \u00e9ditorial dans lequel il reprenait les conclusions de Remak\u2026 en oubliant de le citer ! Toute cellule provient de la division binaire d\u2019une cellule pr\u00e9existante ; les fluides intercellulaires \u00e0 l\u2019origine du cytoblast\u00e8me, ne sont que des produits de s\u00e9cr\u00e9tion des cellules. Virchow publia, en 1858, un ouvrage contenant le fameux aphorisme \u00ab <i>Omnis cellula e cellula<\/i> \u00bb, dont la paternit\u00e9 revient \u00e0 Fran\u00e7ois V. Raspail qui le cite en exergue dans un trait\u00e9 publi\u00e9 en 1825. Le trait de g\u00e9nie de Virchow est d\u2019avoir introduit le concept de \u00ab pathologie cellulaire \u00bb : les maladies ont leur origine dans des affections des cellules. Christian de Duve (prix Nobel de m\u00e9decine ou physiologie 1974), lorsqu\u2019il fonda un institut de recherches sur le campus de la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Louvain, \u00e0 Bruxelles, s\u2019inscrivit dans la continuit\u00e9 de Virchow en introduisant les termes \u00ab <i>cellular pathology<\/i> \u00bb dans le nom de cette institution. La large notori\u00e9t\u00e9 de Virchow, \u00e9minent universitaire et p\u00e8re fondateur de la Pathologie cellulaire, en fit le propagateur le plus influent de la Th\u00e9orie cellulaire.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : M\u00fcller J <i>Vergleichende Anatomie der Myxinoiden, der Cyclostomen mit durchbohrten Gaumen<\/i> (1835)<br \/>\nVirchow R <i>Cellular-Pathologie<\/i> (1855)<br \/>\nVirchow R <i>Die Cellularpathologie in ihrer Begr\u00fcndung auf physiologische und pathologische Gewebelehre<\/i> (1858)<br \/>\nRaspail FV D\u00e9veloppement de la f\u00e9cule (1825)<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\"><span style=\"line-height: 1.5;\">Note: L\u2019<i>International Institute for Cellular and Molecular Pathology<\/i> a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1974 par quatre professeurs \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Louvain : Christian de Duve, Joseph-F\u00e9lix Heremans, Michel de Visscher, Carlo Cocito. Il a \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9 <i>De Duve Institute<\/i> en 2007.<\/span><\/p>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color: #00ccff;\"><b style=\"line-height: 1.5;\"><a name=\"sub8\"><\/a>Tissus et organes<\/b><\/span><\/h4>\n\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Depuis ses origines, la m\u00e9decine s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e aux organes et aux maladies qui les affectent. Un organe est une entit\u00e9 anatomique qui exerce chez l\u2019\u00eatre vivant une fonction d\u00e9termin\u00e9e : le foie, le c\u0153ur, les poumons sont des organes. Un organe renferme le plus souvent plusieurs tissus.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Nous devons les premi\u00e8res descriptions anatomiques des organes \u00e0 Claude Galien, qui au II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle exer\u00e7ait la m\u00e9decine \u00e0 Pergame (Asie mineure), puis \u00e0 Rome o\u00f9 sa renomm\u00e9e en fit le praticien de l\u2019empereur Marc Aur\u00e8le et de ses fils. Persuad\u00e9 qu\u2019une bonne pratique m\u00e9dicale doit \u00eatre fond\u00e9e sur la connaissance de l\u2019anatomie, il pratiqua des dissections d\u2019animaux vivants. Il d\u00e9crivit de nombreux organes : c\u0153ur, foie, ut\u00e9rus, syst\u00e8me nerveux. Il effectua en public des d\u00e9monstrations destin\u00e9es \u00e0 \u00e9tablir la relation entre l\u2019anatomie d\u2019un organe et sa fonction physiologique. Malgr\u00e8 de grossi\u00e8res erreurs d\u2019interpr\u00e9tation du r\u00f4le des organes (le foie, centre de la circulation sanguine !) et de leur anatomie (communication entre les ventricules du coeur), Claude Galien reste, avec Hippocrate (V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C.), la grande figure de la m\u00e9decine de l\u2019Antiquit\u00e9 ; son enseignement resta d\u2019actualit\u00e9 jusqu\u2019au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p><\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Andries van Wesel (Andreas Vesalius ou V\u00e9sale) \u00e9tait issu d\u2019une famille d\u2019\u00e9rudits et de m\u00e9decins de la r\u00e9gion de Wesel, en Rh\u00e9nanie. Son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re fut le m\u00e9decin de l\u2019empereur Fr\u00e9d\u00e9rique III, son grand-p\u00e8re, celui de Maximilien d\u2019Autriche, empereur des Romains, son p\u00e8re, l\u2019apothicaire de Marguerite d\u2019Autriche, r\u00e9gente des Pays-Bas. Lui-m\u00eame sera le m\u00e9decin de l\u2019empereur Charles-Quint et de son fils, le roi d\u2019Espagne Philippe II. Vesalius \u00e9tudia les langues (grec, arabe, h\u00e9breu) \u00e0 Louvain, puis la m\u00e9decine \u00e0 Paris (1533-1536), Montpellier et Padoue (1537-1546). Devenu professeur d\u2019anatomie en 1537, il consid\u00e9rait que la connaissance de l\u2019anatomie humaine \u00e9tait indispensable \u00e0 une bonne pratique de la m\u00e9decine alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque le mode d\u2019enseignement de la m\u00e9decine \u00e9tait presque exclusivement livresque. Au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les m\u00e9decins ne connaissaient pas l\u2019anatomie des organes humains ; leurs seules connaissances venaient de la transposition hasardeuse \u00e0 l\u2019homme des descriptions anatomiques de Galien acquises en diss\u00e9quant des animaux. V\u00e9sale imposa aux \u00e9tudiants en m\u00e9decine l\u2019observation directe et la dissection du corps humain, qui n\u2019\u00e9tait jusque-l\u00e0 pratiqu\u00e9e que par les barbiers. L\u2019Anatomie moderne prit naissance avec la publication de son Trait\u00e9 d\u2019anatomie des organes du corps humain, magnifiquement illustr\u00e9 par deux cents planches du graveur Jan Steven van Calcar.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rence : V\u00e9salius A <i>De humani corporis fabrica libri septem<\/i> (1543)<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Cet ouvrage suscita une violente r\u00e9action de la part de nombreux universitaires, \u00e0 commencer par son ancien professeur, qui y voyaient un d\u00e9nigrement de l\u2019enseignement de Galien ; V\u00e9sale montrait combien ses descriptions comportaient d\u2019erreurs grossi\u00e8res. D\u2019autre part, la dissection de cadavres humains suscitait la m\u00e9fiance des autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques et la franche hostilit\u00e9 de l\u2019Inquisition, tr\u00e8s active en Espagne. Accus\u00e9 d\u2019avoir autopsi\u00e9 une femme encore vivante, V\u00e9sale fut condamn\u00e9 au b\u00fbcher par le tribunal de l\u2019Inquisition espagnole. Seule l\u2019intervention personnelle de Philippe II put le tirer de cette situation dramatique. Sa peine fut commu\u00e9e en un p\u00e8lerinage expiatoire \u00e0 J\u00e9rusalem. Le bateau qui le ramenait en Europe fut pris dans une violente temp\u00eate dans la mer Ionnienne. Le mauvais temps affecta la sant\u00e9 de l\u2019\u00e9quipage et des passagers. Saisi d\u2019une forte fi\u00e8vre, V\u00e9sale fut d\u00e9barqu\u00e9 sur le rivage de l\u2019\u00eele de Zante, o\u00f9 il mourut d\u2019\u00e9puisement en 1564, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinquante ans. Le grand anatomiste de la Renaissance, le promoteur de l\u2019anatomie humaine moderne fut enterr\u00e9 pr\u00e8s d\u2019une \u00e9glise qui a aujourd\u2019hui disparu. Vesalius eut de nombreux disciples, parmi lesquels Bartolomeo Eustachi ou Gabriele Falloppio, qui r\u00e9alis\u00e8rent d\u2019importants travaux sur l\u2019anatomie de l\u2019oreille, du c\u0153ur, des syst\u00e8mes reproducteur et vasculaire.<\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Eustachi B <i>Tabulae anatomicae<\/i> (1552)<br \/>\nEustachi B <i>Opuscula anatomica<\/i> (1564)<br \/>\nFallopio G <i>Observationes anatomicae<\/i> (1561)<\/p>\n\n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le m\u00e9decin <b>Fran\u00e7ois Marie Xavier Bichat<\/b> r\u00e9volutionna la m\u00e9decine en proclamant que ce n\u2019est pas aux organes qu\u2019il faut s\u2019int\u00e9resser mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelon au-dessous dans l\u2019organisation corporelle : aux tissus. Alors que les anatomistes et les physiologistes avaient jusque-l\u00e0 port\u00e9 leurs efforts sur l\u2019\u00e9tude des organes, Bichat comprit qu\u2019ils sont form\u00e9s par l&#8217;assemblage de structures plus simples et fonctionnelles : les tissus, des ensembles de cellules sp\u00e9cialis\u00e9es ayant une structure et des fonctions identiques. Dans son Trait\u00e9 des membranes, dont il entreprit la r\u00e9daction d\u00e8s 1771, il pr\u00e9senta les tissus comme \u00e9tant les unit\u00e9s anatomiques fondamentales \u00e0 partir desquelles l\u2019on peut expliquer la physiologie et la pathologie d\u2019un organisme. Sur la base d\u2019observations faites au cours de centaines d\u2019autopsies, il proposa une premi\u00e8re classification histologique en 21 tissus fondamentaux &#8211; muqueux, s\u00e9reux, musculaire, conjonctif, nerveux&#8230;. Chose \u00e9tonnante, au cours de ses travaux, Bichat n\u2019eut jamais recours \u00e0 l\u2019observation microscopique de coupes de tissus ; il jugeait que le microscope est un instrument non fiable \u2013 ce qui \u00e9tait encore le cas au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il observait la texture des tissus, leurs r\u00e9actions \u00e0 des agents chimiques, \u00e0 la cuisson, \u00e0 la dessiccation ou \u00e0 la putr\u00e9faction. Bichat montra qu\u2019un organe peut \u00eatre form\u00e9 de diff\u00e9rents tissus et qu\u2019un m\u00eame tissu peut se retrouver dans diff\u00e9rents organes. Il posa le postulat que les maladies n&#8217;affectent pas un organe, mais un tissu composant cet organe.<\/p>\n \n<p style=\"text-align: justify; line-height: 1.5; text-indent: 50px;\">Bichat est le pionnier de ce qu\u2019il appelait \u00ab anatomie g\u00e9n\u00e9rale \u00bb et que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui \u00ab histologie \u00bb. Il montra qu\u2019un organe peut \u00eatre form\u00e9 de diff\u00e9rents tissus et qu\u2019un m\u00eame tissu peut se retrouver dans diff\u00e9rents organes. Nul n\u2019\u00e9tant parfait, Bichat resta pendant toute sa courte vie (il mourut \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 30 ans) un vitaliste convaincu. Il consid\u00e9rait que les propri\u00e9t\u00e9s vitales des tissus ob\u00e9issent \u00e0 des lois propres, distinctes et sup\u00e9rieures aux lois physiques et chimiques de la mati\u00e8re inanim\u00e9e. Persuad\u00e9 que la force vitale est localis\u00e9e dans les tissus entourant les visc\u00e8res, il se perdit en \u00e9lucubrations sur le mode de vitalit\u00e9 caract\u00e9risant chaque type de tissu. <\/p>\n \n<p style=\"font-size: small; text-align: justify; line-height: 1.5;\">R\u00e9f\u00e9rences : Bichat X Trait\u00e9 des membranes en g\u00e9n\u00e9ral et de diverses membranes en particulier (1799\/1800)<br \/>\nBichat X Recherches physiologiques sur la vie et la mort (1800)<br \/>\nBichat X Anatomie g\u00e9n\u00e9rale appliqu\u00e9e \u00e0 la physiologie et \u00e0 la m\u00e9decine (1801)<br \/>\nBichat FX Trait\u00e9 d&#8217;anatomie descriptive (1801-1803)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Cella&nbsp;\u00bb L\u2019objet de \u00ab D\u00e9couvertes en Cytologie et en Biologie cellulaire \u00bb est de retracer l\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement de la Biologie cellulaire \u00e0 travers la d\u00e9couverte des principaux organites subcellulaires et de leurs fonctions dans l\u2019\u00e9conomie de la cellule. 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