ELEC 2311 : Physique interne des convertisseurs
électromécaniques
Semaines 3 : Correspondance entre modèles "champ" et "circuit"
Guidance
Correspondance entre les structures préalables locale et globale
Les théories globales (théorie de type circuit) considèrent un ensemble de grandeurs n'ayant qu'un nombre fini, ou en tout cas discret, de degrés de libertés. Or, les champs pouvant avoir une valeur différente en chaque point de l'espace, leur nombre de degrés de liberté est infini. Il faut donc pour déduire un modèle global d'un modèle local imposer aux champs des contraintes supplémentaires.
Définition d'un mouvement à un degré de liberté
Un déplacement quelconque, réel ou virtuel, qui présente un degré de liberté q , peut être représenté par un champ de vecteur u . Un champ uniforme représente un mouvement de translation (figure S03-1). Pour représenter une rotation, il faut un champ de la forme suggérée à la figure S03-2.
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Fig. S03-1 : champ de vecteur associé aux translations horizontales
Fig. S03-2 : champ de vecteur associé aux rotations
Le champ de vecteur u est décrit par ses composantes. Ainsi, dans le référentiel cartésien associé à des coordonnées x, y et z, une translation dans la direction des x est décrite par un champ de vecteur dont les composantes sont
(S03-4a) ux = 1 , uy = 0 , uz = 0 .
De même, si on utilise le référentiel naturel associé ` des coordonnées cylindriques r, j, z , une rotation autour de l'axe des z sera décrite par un champ de vecteur dont les composantes sont
(S03-4b) ur = 0 , uj = 1 , uz = 0 .
Les exemples ci-dessus sont très particuliers en ce sens que dans ces exemples le déplacement décrit par le vecteur u "respecte" le référentiel utilisé. En général, puisque u est un champ, ses composantes sont des fonctions des coordonnées. Par exemple, si on exprime le champ (S03-4b) dans le référentiel orthonormé (et non plus naturel) associé aux mêmes coordonnées cylindriques, on obtient les composantes
(S03-4c) .
A chaque instant, la vitesse du déplacement en un point donné est de la forme
(S03-4d)
où le point placé au dessus du theta désigne la dérivation temporelle (c'est-à-dire par rapport au temps t). Cette expression s'applique aussi bien au cas d'une translation qu'au cas d'une rotation, car q est une position généralisée : c'est un angle de rotation dans le cas de la figure S03-2, mais un simple décalage par translation dans le cas de la figure S03-1.
Les champs de vecteur u seront utilisés pour le calcul des forces généralisées (force dans le cas d'une translation, couple dans le cas d'une rotation...).
Définition d'une branche de circuit
Alors qu'un champ bénéficie d'un nombre infini de degrés de libertés, les grandeurs associées à une branche de circuit n'ont que deux degrés de libertés. Pour passer d'un modèle champ à un modèle circuit, il faut réduire le nombre de degrés de liberté en imposant aux champs électromagnétiques des contraintes.
Le lien entre les grandeurs locales et globales ne peut pas se faire en considérant les circuits comme étant des lignes sans dimension transversale. On sait par exemple que, dans ce cas, l'inductance propre d'un circuit tend vers l'infini.
En ce qui concerne les circuits utilisés en
électrotechnique, c'est sur la répartition spatiale du
courant que l'on impose des contraintes. La répartition des filets
de courant est caractérisée par un vecteur contravariant de
poids 1 (la densité de filets de courants) que nous noterons
, N ou Ni .
Lorsqu'un bobinage est formé d'un seul fil électrique (c'est-à-dire sans mise en parallèle de plusieurs sections), et que le modèle champ est macroscopique par rapport aux dimensions transversales du fil, N mérite le nom de densité de conducteurs.
On remarque que la densité de conducteur est un vecteur, et non un scalaire. La composante de ce vecteur dans la direction d'un des vecteurs de base est le nombre de fois que le conducteur traverse une surface élémentaire construite sur les deux autres vecteurs de base (figure S03-3)
Fig. S03-3
Dans la situation simple où N est une densité de conducteurs, le nombre n de conducteurs traversant une surface S donnée est donné par l'intégrale de surface
(S03-5a) òò N . dS = n
(le produit scalaire est naturel car l'élément de surface dS est un vecteur covariant).
Le vecteur N peut aussi décrire des situations plus générales.
Considérons une surface S transversale aux conducteurs et telle que
(S03-5b) òò N . dS = 1
Dans le cas simple, cela signifie que cette surface n'est traversée que par un seul conducteur.
Si le conducteur est subdivisé en plusieurs brins (fil de Litz), la surface S qui vérifie (S03-5b) sera traversée par plusieurs brins, mais comme le circuit se subdivise entre plusieurs brins, l'intégrale (S03-5b) signifie alors que la surface S n'est traversée qu'une seule fois par le circuit.
La situation est identique si le bobinage comporte plusieurs fils en parallèle : on peut encore considérer l’ensemble comme un seul filet de courant à condition de n’attribuer à chaque fil qu’une fraction de l’intégrale (S03-5b).
Si on doit abandonner le point de vue macroscopique et tenir compte de la forme exacte des conducteurs, la façon la plus simple de définir N est de le poser égal à 0 en dehors des conducteurs et uniforme sur la section de ceux-ci. La valeur de N est alors choisie de façon à vérifier (S03-5). Le choix d'une densité N non uniforme sur la section des conducteurs permet de conserver la notion de circuit électrique même en présence de courants de Foucault.
Exercice proposé S03-10 : lois de transformation de N1 N2 N3 lors d'un changement de référentiel.
En utilisant la mesure de longueur, le module de N et ses composantes dans un référentiel orthonormé s’expriment en nombre de filets de courant / m2 .
Si on considère plusieurs branches simultanément, on peut
les distinguer par un indice inférieur : Na (ou
) sera la branche numéro a.
Puisque les branches de circuit sont définies par un objet mathématique Ni , on dispose d'une définition rigoureuse de leur multiplication par un nombre ou de leur somme, donc de leurs combinaisons linéaires.
Normalement, les filets de courant partent d'une région localisée de l'espace et aboutissent dans une autre région localisée : ces deux régions sont les bornes du circuit. En dehors des bornes, les "filets de courant" ne disparaissent pas : la divergence de la densité N est donc nulle en dehors des bornes du circuit.
Exercice proposé S03-11 : modélisation des circuits électriques primaire et secondaire d'un transformateur
contraintes sur les Na
Si on considère l'ensemble des branches de circuit Na d'un système, les grandeurs div Na ne peuvent pas être linéairement indépendantes.
Anticipant un peu sur les pages suivantes, la densité de courant est une combinaison linéaire
(S03-6) Jtot = Sa ia Na
donc
(S03-7) div Jtot = 0 = Sa ia div Na
Si les div Na étaient linéairement indépendante, cette relation ne pourrait être satisfaite que pour ia nuls. L'utilité d'un circuit où tous les courants sont identiquement nuls n'est pas évidente !
En pratique, on veillera à choisir les Na de telle sorte que le nombre de contraintes indépendantes soit fini ( et même inférieur au nombre de branches ).
Ces contraintes peuvent alors se mettre sous la forme d'une matrice d'incidence : cette matrice a autant de colonnes qu'il y a de branches de circuit, chaque ligne correspond à une contrainte.
vitesse d'une branche de circuit
Si une branche de circuit est mobile, la densité vectorielle Na qui la définit peut varier dans le temps. La variation peut être considérée comme un simple déplacement du circuit s'il existe une vitesse va telle que
(S03-8) d Na / dt + Lva Na = 0
Dans le langage des composantes, l'expression (S03-8) s'écrit
(S03-9) ¶ t Nai + vaj ¶ j Nai - Naj ¶ j vai + Nai ¶ j vaj = 0
soit, pour ceux que la convention des indices muets dérange,
(S03-9b) ¶t Nai + Sj=1,2,3vaj ¶j Nai - Sj=1,2,3 Naj ¶j vai + Sj=1,2,3 Nai ¶j vaj = 0
La formule (S03-9)ou (S03-9b) découle immédiatement de l'expression générale de la dérivée de Lie d'un tenseur (donc en particulier d'un vecteur). On a en effet toujours un terme de la forme Sj=1,2,3 vaj ¶j Nai quel que soit le type du tenseur que l'on dérive. Il existe un terme de la forme - Sj=1,2,3 Naj ¶ j vai pour chaque indice contravariant ; enfin, le terme + Sj=1,2,3 Nai ¶ j vj provient du fait que N est de poids 1 (voir annexe 3 et les références qui y sont mentionnées pour plus de détails).
Nous dirons qu'une branche de circuit Na est glissante s'il existe un champ de vitesse vai qui satisfait (S03-8)(S03-9).
Exercice proposé S03-12 : modélisation du circuit électrique d'une roue de Barlow (ou disque de Faraday).
Exercice S03-13 : Exemple d'un circuit qui n'est pas glissant (et donc pas filiforme non plus)
On remarquera que la vitesse va n'est pas définie de façon unique par les équations (S03-8) ou (S03-9) car, en dehors des bornes, on peut ajouter à va n'importe quelle contribution parallèle à Na .
Exercice S03-14 : le montrer.
Si la dépendance temporelle de Na peut être caractérisée par une variable de "position du circuit" ra , la vitesse va doit être proportionnelle à la dérivée temporelle de ra :
(S03-10)
La considération des circuits glissants est indispensable pour pouvoir effectuer l'étude de certains dispositifs à l'aide d'un modèle circuit. De tels dispositifs sont cependant rarement utilisés (roue de Barlow, disque de Faraday, machines homopolaires...)
Nous avons cependant noté en semaine 2 que les circuits glissants présentent des avantages même pour l'étude de dispositifs pour lesquels cette notion n'est pas conceptuellement nécessaire (machines DC, machines à collecteur électronique...).
Interprétation physique de la notion de branche de circuit
La façon dont nous avons défini les branches de circuit sur cette page fournit une "interprétation physique" de la notion de branche de circuit, et en particulier à la combinaison linéaire de branches de circuit dont la possibilité a été mentionnée à la fin de la page consacrée à la structure préalable des circuits électriques.
Il ne s’agit cependant que d’une interprétation : la notion de circuit et les opérations de combinaison des branches peuvent être utiles même quand elles ne correspondent pas à un modèle local !
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Dernière mise à jour le 13-12-2004