Circuits glissants
2. Modélisation dynamique des machines et actionneurs DC à balais
Théorie dynamique de la machine DC saturée
Les machines électriques comportent presque toujours des matériaux magnétiques, c'est-à-dire des matériaux dans lesquels on peut obtenir un champ magnétique B (dit champ d'induction magnétique) pour un champ magnétique H (dit champ magnétisant) plus faible que ce qui serait nécessaire dans le vide (à valeur égale du champ B). Cette possibilité est particulièrement marquée avec les matériaux ferromagnétiques, qui sont communément utilisés dans les machines électriques car ils permettent d'obtenir des flux magnétiques significatifs avec des courants de valeur raisonnable. Malheureusement, tous les matériaux magnétiques (sans exception) présentent des phénomènes de saturation (non linéarité de la relation entre B et H) qui sont susceptibles d'affecter les performances de ces machines.
La machine DC est un bon sujet d'étude pour présenter les aspects de la saturation magnétique qui apparaissent comme importants dans de nombreux dispositifs. En effet, la machine à courant continu n'exige pour ce faire qu'une formalisation mathématique relativement simple.
Revenons pour cela au modèle général introduit précédemment (page S02P10). Par référence à un modèle local (tenant compte de la répartition spatiale des circuits), on montre qu'une variation dr de r équivaut à l'introduction d'un courant ia dr dans un circuit fictif que nous désignerons par l'indice " d ". Utilisant l'expression du flux (S01-23), on peut donc écrire le coefficient qui intervient dans le terme de glissement des formules (S02-1b) et (S02-2) sous la forme d'un flux, soit
(S02-15)
Les équations (S02-1) et (S02-2) deviennent ainsi
(S02-16)
(S02-17)
et
(S02-18) Cem = yd ia
Ces équations ne sont autres que les formules classiques, si on pose
(S02-19) yd = ka F ,
où ka est un coefficient qui dépend du nombre de spires de l'induit et de leur répartition, défini de telle sorte que l'on puisse interpréter F comme le flux d'entrefer par pôle au niveau du circuit " d " considéré. Si les paramètres de la machine sont déterminés sur base expérimentale, l'introduction de ce flux n'est pas essentielle.
Si la position des balais est telle que l'induit est en quadrature avec l'inducteur (balais sur la "ligne neutre"), le circuit "d " est aligné avec l'inducteur. Il est alors raisonnable de supposer que les circuits " d " et " f " (inducteur) sont liés par les équations
(S02-20)
(S02-21)
La démarche effectuée en posant (S02-20)(S02-21) est en effet analogue à celle que l'on effectue en établissant le circuit équivalent en T d'un transformateur.
Dans ces relations, lf est une inductance de fuite que nous supposerons linéaire et
(S02-22)
est un "rapport de transformation" qui dépend non seulement des nombres de spires de l'induit et de l'inducteur, mais encore de leur répartition.
Ainsi donc, au prix de l'introduction de deux paramètres supplémentaires, la modélisation d'une machine DC se réduit à celle de deux circuits, à savoir " d " et " a ". Plus précisément, cette modélisation consiste à exprimer une relation entre les flux yd et ya et les courants id et ia . Or, si les balais sont dans leur position normale ("ligne neutre"), les circuits " d " et " a " sont en quadrature, ce qui permet d'utiliser les techniques développées dans l'annexe consacrée à la saturation croisée.
Dans le cadre des machines DC , l'effet de la saturation croisée porte le nom de "réaction d'induit", que nous utiliserons par la suite.
Etude en régime permanent
Les équations du régime permanent s'obtiennent en annulant les dérivées temporelles des courants dans les équations (S02-16) (S02-17) (S02-18) . On obtient ainsi :
(S02-24)
(S02-25)
et
(S02-26) Cem = yd ia
On voit que le seul paramètre à déterminer dans le modèle statique est le flux yd .
Compte tenu de la relation (S02-21), on peut exprimer ce flux en fonction du courant
if plutôt qu'en fonction du courant id . Il est en effet facile
par un essai à vide ( ia nul) de déterminer le flux
ydo en fonction du courant if . Pour passer
de la caractéristique ydo (if) à
la caractéristique ydo (id), il
faudrait connaître le rapport de transformation
, mais cela n'est pas nécessaire pour
établir le modèle statique, du moins si on se limite au premier terme du
développement en série de la réaction d'induit. En effet, compte tenu
de ce qui a été vu dans l'annexe relative à la saturation croisée,
on peut alors écrire
(S02-26)
Ainsi, si l'on considère le coefficient
(S02-27)
comme un tout, le modèle statique ne fait intervenir comme courants que if et ia .
En particulier, la tension d'induit peut s'écrire, en introduisant (S02-26) dans (S02-24),
(S02-28)
Lors d'un fonctionnement en génératrice en charge (ia
¹ 0), si l'on considère des valeurs fixées de
if et , on voit que l'expression de la
tension d'induit en fonction de ia est une parabole. Cette parabole est
représentée à la figure S02-3, où l'on a tenu compte du fait que
le courant ia est négatif en portant -ia en abscisse. Si on
néglige la réaction d'induit, la relation devient linéaire (ce qui se
produit effectivement en pratique dans le cas, rare, où la machine est munie d'un
enroulement de compensation destiné à compenser la réaction d'induit).
Figure S02-3 - Caractéristiques tension-courant d'un générateur à courant continu à excitation et vitesse constante : (A) sans tenir compte de la réaction d'induit et (B) avec prise en compte de la réaction d'induit.
Lors du fonctionnement en moteur, la réaction de l'induit modifie aussi les caractéristiques de la machine. La Figure S02-4 illustre cette situation pour un moteur à courant continu avec excitation indépendante. La vitesse est obtenue en résolvant l'équation (S02-24) à tension d'induit ia fixée. Quand on ne tient pas compte de la réaction de l'induit, courbe (A), la vitesse du moteur décroît avec l'augmentation du courant, ce qui est dû exclusivement à la chute de tension dans la résistance Ra de l'induit. Quand on tient compte de la réaction d'induit, courbe (B), l'augmentation de courant qui va de pair avec l'augmentation du couple produit une diminution du flux utile de la machine et donc, compte tenu de l'équation (S02-24), une augmentation de la vitesse. Cette augmentation peut même conduire à l'emballement de la machine (augmentation de la vitesse liée à un fonctionnement instable) pour des valeurs élevées du couple. Nous invitons le lecteur intéressé à vérifier ce point en utilisant le modèle statique de la machine DC (donc en négligeant les effets dynamiques électriques) mais en prenant un modèle mécanique comportant un couple d'inertie.
Figure S02-4 - Caractéristique couple-vitesse pour un moteur à courant continu avec excitation constante : (A) sans tenir compte de la réaction d'induit, et (B) en tenant compte de la réaction d'induit.
Une machine dans laquelle se manifeste une diminution du flux, due à la réaction d'induit, aura pour une valeur donnée du couple des courants d'induit plus élevées que dans le cas où le flux est maintenu constant. La Figure S02-5 illustre cette situation.
Figure S02-5 - Caractéristique couple-courant pour un moteur à courant continu : (A) avec flux utile constant et (B) avec réaction de l'induit.
Modélisation dynamique
Pour obtenir un modèle dynamique, il suffit de retourner aux équations (S02-16) (S02-17) (S02-18) et d'y expliciter les dérivées temporelles des flux. On obtient
(S02-29)
(S02-30)
et
(S02-31) Cem = yd ia
où les coefficients Lf , La et Maf sont maintenant fonction des courants.
Faisant à nouveau appel à l'annexe consacrée aux circuits en quadrature, en se limitant au premier terme de réaction d'induit et en tenant compte des relations (S02-20)(S02-21), on peut déduire de (S01-43) les expressions
(S02-32)
(S02-33)
(S02-34)
On voit que le coefficient
(S02-35)
qui tient compte de la réaction d'induit n'est pas le même que celui (S02-27) qui a été utilisé dans le modèle statique. En fait, pour passer de l'un à l'autre, il faudrait connaître le rapport de transformation (S02-22). Réciproquement, si on a déterminé les coefficients dynamique et statique, il est facile de trouver le rapport de transformation (S02-22) en faisant le rapport de ces deux coefficients.
Suivant la méthode proposée dans une annexe de ce site, il est facile de déterminer le coefficient dynamique en mesurant la valeur de La à courant ia nul et en observant l'influence de if sur cette inductance.
En pratique, on observe que cette influence est importante.
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Dernière mise à jour le 16-04-2004